LAGARDE

Secteur mémoriel de Lagarde

Situé à 25 km au nord-est de Lunéville et à 30 km de Sarrebourg, dans la vallée du Sânon, les deux cimetières délimitent le village paisible de Lagarde (Garden): la nécropole française à son entrée ouest, route de Xures, et le cimetière allemand à l’est, route de la Bourdonnay. A la frontière entre l’empire allemand (Lorraine annexée) et la France, ses quatre franchissements sur le canal de la Marne au Rhin, notamment son axe routier nord-sud desservant alors les salines, confèrent à ce secteur une position stratégique rémanente (1939), aujourd’hui mémorielle et touristique.

Cette tête de pont suscite, les 10-11 août 1914, l’une des  premières batailles de la  guerre. L’autorité allemande, confrontée pour la première fois à la mort de masse, crée, dès le lendemain des combats, le premier cimetière mixte et le premier cimetière allemand du conflit.

Sa zone tampon unique englobe les deux cimetières et le village; elle s’inscrit dans le parc naturel régional de Lorraine. Elle comporte plusieurs attributs secondaires « vivants ». C’est pourquoi une AVAP et un classement MH sont demandés.

Ces deux cimetières sont indissociables, y reposent, essentiellement des hommes disparus lors de la même Bataille, sur la même commune: unités de temps, de lieu et d’action se trouvent ici réunies.

MS06 Nécropole nationale française de Lagarde

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Dans cette nécropole, à l’architecture simple, reposent 552 Français. Les 200 stèles individuelles, à croix latine, en béton, se répartissent symétriquement, de part et d’autre de l’allée centrale, en sept rectangles de 16 tombes chacun. À l’arrière de ces stèles, s’élèvent le mausolée en pierre d’Einville, et de chaque côté, les deux ossuaires où reposent 352 corps. Son architecture et sa morphologie de forme rectangulaire reflètent celle d’une nécropole française classique. Elle s’en démarque par son orientation nord-sud, sa topographie en pente vers le canal. Dépouillée, seuls se détachent le mausolée et les ossuaires très sobres. Le mausolée d’une hauteur de 3 m, de style art Déco, regarde vers l’entrée et les sépultures individuelles. Sur la plaque qui l’orne, trop petite pour égrener tous leurs noms, sont gravés dans le marbre ceux de leurs régiments. Leurs restes mortels ont été recueillis à Lagarde, près de Xures et de Coincourt.

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Une plaque posée lors du cinquantenaire de la bataille traduit l’attachement au lieu du 58e RI. Les stèles épurées des deux ossuaires portent seulement trente noms : 12 identifiés dans l’ossuaire situé à gauche du mausolée qui renferme 166 corps et 18 dans l’autre où reposent 181 corps. Toutes les tombes individuelles françaises portent la date du 11 août 1914, sauf 33 d’entre elles, stèles de soldats décédés de leurs blessures du 20 août  au 28 août 1914. Seuls, six emblèmes indiquent 2 sépultures de 1917 et trois de 1918. À l’ouest, sous les mirabelliers existant en 1914, on devine les vestiges du monument allemand et le tracé du parcellaire porte l’empreinte de l’allée séparant la partie allemande de la partie française du cimetière primitif.

Village frontière, Lagarde est l’objet de l’offensive française du 10 août 1914. Deux bataillons français y sont décimés par les Allemands. La population civile, qui a pactisé avec les Français, souffre beaucoup du vainqueur : civils fusillés (inhumés comme les combattants),  maltraités, emprisonnés, emmenés comme otages. Dans les troupes, dans les deux camps, se trouvent des jeunes gens de Lagarde. Cette bataille augure de la mort de masse : en quelques heures, les troupes françaises sont décimées  à 75 %, les troupes allemandes à 40 %.

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Premier cimetière mixte franco-allemand ouvert sur le font occidental, subsistant sur son lieu originel. Le cadastre révèle sa création germanique. Du 12 août à la mi-septembre, les Allemands ouvrent trois cimetières : l’un à l’entrée ouest du village, nommé cimetière A, cimetière mixte franco-allemand devenu nécropole française; l’autre à l’est, cimetière B et un petit cimetière allemand sur la colline de la Bourdonnay et Ils recourent à une extension du cimetière communal. Ils doivent inhumer 411 Français et 402 Allemands. Les tombes isolées sont fleuries et entretenues  pendant la guerre comme les cimetières. Après le conflit, l’État français réfléchit au réaménagement du cimetière (A), d’abord comme un cimetière mixte (plan  de 1920), puis le dédie aux seuls soldats français. À partir de 1919, on exhume les corps des Allemands pour les transférer dans le cimetière B, à l’est  du village. Malgré leur identification, ils sont tous placés en ossuaire. En 1920, le cimetière est un jardin  paysager. En 1924, le service du Génie lui confère son plan et son architecture actuelle, classique, simple et dépouillée traduisant le souvenir d’une défaite.  On conserve, à son extrémité nord, les chênes plantés par les Bavarois en 1914. On regroupe dans les ossuaires les corps exhumés des tombes isolées, situées pour la plupart à l’ouest, le long du canal, et au nord-ouest du village. Des saint-cyriens, promotion Montmirail, y reposent comme de simples soldats. La commune rachète les parcelles latérales désaffectées et l’État celle réservée à la nécropole. À cette époque sont construits mausolée et ossuaires. La population et la municipalité élèvent alors, adossé à l’église, un mémorial aux disparus et historicisent les vitraux de l’église, œuvre de Simminger. Les bombardements du second conflit mondial détruisent le cimetière réhabilité par les habitants et les familles, félicités par l’État pour leur remise en ordre. Ils élèvent alors, à l’entrée du cimetière, une grotte de Lourdes en ex-voto. Cette nécropole participe pleinement à la constitution de ce paysage mémoriel que la commune et ses habitants ont toujours voulu pérenniser et conserver. Les cérémonies du Centenaire  traduisent l’attachement local  à ce bien  » vivant ».

MS07 Cimetière militaire allemand de Lagarde

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Situé à la sortie est du village, à 250 m de l’église et de la mairie, ce cimetière allemand est implanté sur un terrain plat, en bordure d’une prairie, sur la route Lunéville-Sarrebourg, près du pont sur le canal. Son écrin champêtre et l’utilisation du grès rose traduisent seuls son esprit germanique. Caché, dans le vallon, la colline du bois Chanal le domine. Le cimetière garde sa forme  rectangulaire initiale. Là reposent 510 corps dont 390 en un ossuaire très fleuri, situé à l’arrière de 12 rangs parallèles de stèles individuelles en pierre(120). Bordé par un muret de pierre, en grès rose des Vosges, l’ossuaire a pour seul ornement une stèle gardant la mémoire des soldats aux noms gravés sur les plaques de bronze, attestant leur mort le 10-11 août 1914 et  leur identification. À sa gauche deux stèles : l’une indique les numéros des régiments d’appartenance des morts ; l’autre est une belle stèle sculptée, en pierre calcaire, témoignant du type de sépulture originelle pour un combattant non gradé. Son authenticité est vérifiée.

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Créé le même jour que la nécropole française au lendemain du 11 août 1914, il est dénommé cimetière B. En effet, depuis 1871, la commune de Lagarde, appelée Gerden, est annexée  à l’Empire allemand et fait partie du bezirk Lothringen. Les jeunes appelés font leur service militaire dans l’armée allemande ou franchissent la frontière. Mais ce village frontière, tête de pont sur le canal, est l’objet de l’offensive française du 10 août 1914. En quelques heures, on déplore 813 morts. Le général Lescot, jugé responsable de cette défaite, est limogé par le commandant de la 2e armée, le général de Castelnau.

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Ce cimetière fonctionne jusqu’en août 1918 comme le cimetière mixte franco-allemand (cimetière A). On y compte une quinzaine de sépultures individuelles de 1917 et 1918. Plus de 90 % des soldats inhumés sont morts en août 1914, les autres durant la guerre de position entre 1915 et la libération. Leur garnison d’origine se trouve en Bavière et en Lorraine. Il est maintenu par l’administration française en 1919 pour y regrouper tous les corps des soldats allemands tombés dans le village. Là sont réunis les corps exhumés du petit cimetière allemand situé près du Bois Chanal et ceux des soldats allemands inhumés dans le cimetière mixte A. Bien que tous soient enterrés dans des cercueils et connus, les corps sont mis en ossuaire par économie. Nous pouvons suivre leur lieu d’inhumation depuis août 1914 grâce aux documents d’archives jusqu’à leur dernière demeure. Ce cimetière pose les mêmes interrogations que celui de l’Hellenwald, celles des modalités des exhumations d’après-guerre.

Son écrin champêtre, connotation germanique du lieu, traduit l’effort d’intégration paysagère amorcée par les Bavarois et entretenu par le VDK, effort que nous pouvons suivre au fil des documents iconographiques qui prouvent la permanence du site du cimetière B. Les premiers travaux d’amélioration y débutent en 1926, après l’accord signé entre le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge et les autorités françaises. Ils se poursuivent jusqu’en 1931 et concernent des embellissements paysagers : plantation de haies et d’arbres. Les corps des Alsaciens-Lorrains sont alors transférés dans la  nécropole française. Le Volksbund aurait manqué de financement, ce qui justifierait  la proportion élevée des corps en ossuaire. Dans les années 1960,  lors de sa reprise de sa  mission en territoire français, Lagarde bénéficie des chantiers de jeunesse comme Gerbéviller. En 1973, les croix provisoires en bois sont remplacées par des croix en granit. Des réfections sont régulièrement entreprises et son environnement amélioré. La nature des archives retrouvées confère à ce bien un très grand intérêt historique et scientifique et permet de comprendre le traitement égalitaire du combattant mort pour sa patrie, au début de la guerre, en Lorraine occupée, et ce malgré la mort de masse.