RANCOURT-BOUCHAVESNES

Secteur mémoriel de Rancourt-Bouchavesnes

Le secteur mémoriel de Rancourt s’inscrit sur le plateau du Vermandois, au nord-est de la vallée de la Somme. Constitué d’un socle de craie, il est recouvert d’une épaisse couche de limon et est ciselé de quelques vallées sèches.

Le secteur mémoriel situé en hauteur, en marge du village de Rancourt, au sud et au sud-ouest de la commune, domine Bouchavesnes-Bergen au Nord et s’étend sur le territoire communal des deux villages.

Le secteur mémoriel de Rancourt présente une triple symbolique :

– c’est le lieu qui incarne la participation française à la bataille de la Somme. La situation topographique du site a contribué à en faire une position de défense naturelle des Allemands pendant la bataille de la Somme en 1916, que les Français ont conquise en subissant au minimum 190 000 pertes sur les quatre mois et demi de la bataille. La nécropole nationale et la Chapelle du Souvenir Français ont contribué, dès leur édification, à faire perdurer la mémoire du lieu et des événements qui s’y sont tenus.

– la proximité géographique et la co-visibilité entre les éléments constitutifs attachés à chacune des trois grandes nations combattantes (Allemagne, France et Royaume-Uni) en font un paysage funéraire fort et international. En un espace extrêmement restreint, les trois cultes funéraires sont organisés spatialement entre eux et se répondent au plan paysager.

– les trois éléments constitutifs véhiculent une dimension funéraire forte à la commune de Rancourt, abritant les sépultures d’environ 20 000 combattants issus des trois armées belligérantes. Ce nombre est considérable à l’échelle de la commune, qui compte moins de 200 habitants depuis 1921. Le ratio est de 1 habitant pour 110 combattants de la Première Guerre inhumés dans le village aujourd’hui.

– un lieu de médiation idéal, au vu de l’implantation paysagère, pour comprendre la traduction architecturale des hommages de chaque grande nation envers ses combattants et la rencontre entre hommages publics (cimetières et nécropole) et hommage privé, familial et associatif (chapelle du Souvenir Français).

SE06 Nécropole nationale française & Chapelle du Souvenir Français de Rancourt

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La nécropole française et la chapelle du Souvenir Français dominent le paysage car se situant en hauteur, tandis que les deux autres composants sont positionnés dans des creux ou en contrebas du plateau.

La très grande proximité de ces éléments constitutifs permet de proposer une zone tampon unique, pérennisant les co-visibilités existant entre eux et garantissant l’identité du secteur mémoriel qui provient de cette proximité. Elle s’appuie sur la procédure d’inscription au titre des Monuments Historiques en cours par la DRAC de la chapelle du Souvenir français et de la chapelle de la nécropole allemande.

Située au sud du village de Rancourt sur la commune de Bouchavesnes pour partie, la nécropole nationale française et sa Chapelle dominent le plateau agricole. Ils font face au cimetière du Commonwealth et au loin au cimetière allemand. Précédant le cimetière, s’élève la chapelle commémorative, au parvis abrité, dédiée au culte catholique. Le lieutenant du Bos repose dans la nef centrale tandis que des plaques offertes par des familles du monde entier en recouvrent les murs. La verrière centrale du chœur montre un combattant français priant le christ en croix. Dans la nécropole adjacente et fleurie, au plan rectangulaire classique d’une nécropole de regroupement, reposent 8 567 corps dont 5 327 en sépultures individuelles d’où la multitude de stèles chrétiennes, juives, musulmanes et de libre-penseurs. Parmi elles, trois victimes civiles y sont inhumées. A l’entrée principale du cimetière, quatre ossuaires construits sur une terrasse adjacente à la chapelle face à l’entrée, contiennent les restes réunis de 3 240 combattants.

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Le village de Rancourt, envahi dès août 1914, par les troupes allemandes, est situé à l’arrière-front allemand. En 1916, dans le cadre de la bataille de la Somme, Rancourt et les deux communes frontalières, Sailly-Saillissel et Bouchavesnes, font l’objet de violents combats. Le secteur devient une cible stratégique française : Combles, situé à l’ouest, restant un nœud défensif allemand majeur. Ces derniers veulent encercler les armées française et britannique. L’armée française enlève Bouchavesnes le 12 septembre et  réussit à prendre Rancourt les 24-25 septembre 1916 au prix de pertes effroyables et de la destruction totale du village. Sailly est pris le 18 octobre. La ligne de front recule jusqu’à la lisière du bois Saint-Pierre-Vaast où s’engagent des combats acharnés. Les pertes humaines sont importantes.

Les années 1920 sont consacrées à l’édification des cimetières définitifs de chaque nation, comme la nécropole nationale française, la plus vaste pour le conflit dans la Somme. Elle témoigne de la férocité des combats. La ville norvégienne de Bergen collabore à la reconstruction du village de Bouchavesnes, totalement détruit. En reconnaissance, le village s’appelle désormais Bouchavesnes-Bergen.

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Les corps des combattants sont inhumés sur le champ de bataille dans des tombes communes ou isolées. Certains auraient été inhumés à l’emplacement du cimetière actuel. Au lendemain du conflit, on décide de les regrouper en une seule nécropole. Le site du cimetière est arrêté en 1921. Les corps de combattants retrouvés sur l’ancien champ de bataille sont inhumés progressivement dans la nécropole qui est aménagée pour recevoir les corps des soldats français morts pendant la bataille de la Somme 1914-1918. On y regroupe les corps des petits cimetières de l’ancien front à Combles, Cléry, Curlu. Une chapelle privée est édifiée en 1923 par la famille du Lieutenant du Bos à sa mémoire et à celle des combattants français tombés dans le secteur. Cette chapelle devient un mémorial où les familles du monde entier viennent déposer des plaques à la mémoire de leur disparu, le Commonwealth refusant l’élévation de mémoriaux personnalisés dans les sites funéraires. De 1945 à 1973, on continue à y inhumer tous les corps retrouvés dans les champs de la guerre 14-18. En 1980, les corps exhumés des tombes isolées et des carrés militaires  communaux de Flixecourt, de Busla-Mezière y sont transférés. En 1937, la famille cède la chapelle au Souvenir Français. Rancourt est le haut lieu qui incarne la participation française à la bataille de la Somme (190 000 pertes). La nécropole et la chapelle sont indissociables, allient mémoires privées et mémoire nationale du conflit. La « Rose Somme 2016 » baptisée le 25 juin 2016 dans chacun des sites de ce champ funéraire (nécropole française, cimetière britannique et cimetière allemand), rend hommage à l’ensemble des combattants victimes de la bataille de la Somme, sans distinction nationale, ethnique ou religieuse.

 

SE07 Cimetière militaire du Commonwealth « Rancourt Military Cemetery »

Situé de l’autre côté de la route, face à la nécropole française et à sa chapelle, Le Rancourt Military Cemetery,  se situe légèrement en contre-bas.

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Orienté est-ouest et respectant le principe de « cimetière-jardin » anglo-saxon, ce site funéraire s’ouvre sur le paysage champêtre environnant et participe à son identité. Un muret en brique rouge couronné de pierre de Portland en fait un enclos paisible. Son entrée, en retrait, comparable à celle d’un jardin, se fait par un portail en fer forgé, intégré au muret convexe. Dans le cimetière reposent 93 combattants de la Première Guerre mondiale, dont 20 inconnus. Un mémorial spécial est élevé à l’un d’entre eux dont le nom est connu et inhumé dans ce lieu. Tous connus ou inconnus ont une sépulture individuelle et une stèle. Trois combattants de la Seconde Guerre mondiale y sont aussi inhumés. La croix du sacrifice, placée au fond du cimetière, fait face à l’entrée.

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Envahi dès août 1914 par les troupes allemandes, le village de Rancourt appartient à l’arrière-front allemand. Lors de la bataille de la Somme, en 1916, Rancourt et les  communes frontalières de Sailly-Saillissel et de Bouchavesnes sont le théâtre de violents combats. Rancourt est conquis le 25 septembre 1916 au prix de pertes effroyables et de la destruction totale du village. Puis l’armée britannique prend le contrôle du secteur. Les unités de la Guards Division y aménagent un cimetière pendant l’hiver 1916-1917 et l’utilise à nouveau pour inhumer les officiers des 12e et 18e divisions en septembre 1918. Après l’armistice, six tombes retrouvées dans les champs de bataille environnants sont transférées dans le cimetière et implantées dans la rangée E. Le cimetière définitif a été dessiné par N.A. Rew.

Une cérémonie  s’y déroule chaque second dimanche de septembre, à l’initiative du Souvenir Français, en parallèle des cérémonies organisées dans les autres sites de mémoire de Rancourt et de Bouchavesnes. Ces cérémonies rassemblent notamment des représentants officiels français et des associations d’anciens combattantes ou de porte-drapeaux.

SE08 Cimetière militaire allemand de Rancourt

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Située sur le versant pentu d’un vallon, à l’écart, au sud-ouest du village de Rancourt et de l’ensemble funéraire ce cimetière allemand bénéficie d’une excellente inscription paysagère telle que l’aurait choisi leur service de sépultures s’ils avaient pu en décider. De forme rectangulaire, il s’étire du sommet jusqu’au ruisseau, un parterre enherbé l’isole de la route, une haie taillée à mi-hauteur l’entoure. En ce lieu paisible reposent 11. 422 combattants allemands de la Première Guerre mondiale. Les stèles sont des croix en pierre, réparties symétriquement de part et d’autre de l’allée centrale qui mène à une petite chapelle en grès rose, dédiée aux combattants inhumés dans le cimetière. Son accès est latéral.

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La chapelle abrite une sculpture en pierre, son thème, le deuil: une femme éplorée se penche sur le corps d’un combattant. De part et d’autre de la chapelle, s’étendent les deux ossuaires où sont inhumés 3 930 corps de combattants. L’un d’eux est recouvert de plaques de bronze où sont gravés les noms de combattants identifiés. La ceinture d’arbres presque centenaires  qui cerne le lieu confère au site une identité germanique.

Le village de Rancourt est envahi dès août 1914  et se retrouve dans l’arrière-front allemand. En 1916, Rancourt et les deux communes frontalières, Sailly-Saillissel et Bouchavesnes, sont l’objet de violents combats. Le secteur de Rancourt est une cible stratégique française. Des affrontements opposant les troupes françaises et allemandes les 24- 25 septembre 1916 aboutissent à des pertes effroyables dans les deux camps.

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Après le conflit, l’État français en 1920 choisit de regrouper les cimetières provisoires et les tombes isolées  allemandes. Ainsi, est créé sur le champ de bataille de Rancourt ce cimetière, l’un des plus grands de la Somme. La plupart des combattants inhumés sont morts en 1916 et en 1918. Dans le cadre de la convention franco-allemande, le VDK investit le site en 1929. La chapelle y aurait été alors élevée, comprenant une sculpture représentant une mise au tombeau du professeur Geiger de Munich. Elle est inaugurée le 17 septembre 1933 en présence des autorités locales. La volonté de construire une chapelle rappelle une pratique allemande qui n’était pas rare dans ce territoire où demeurent quelques vestiges de chapelles allemandes construites pendant la guerre dans le secteur de Bapaume. Rappelons que sous le Mémorial britannique de Thiepval à une grande profondeur, l’une de ces chapelles demeure, construite sous le point d’appui. En territoire occupé, ils en élevaient souvent et mêmes dans les cimetières du front comme à Rabenbühl, et à plus forte raison à l’arrière -front comme au cimetière Kham (la Tête des Faux) ou à Falaise (Ardennes). Sa datation serait pertinente. A travers cette scénographie et cet ordonnancement, on sent dans l’après-guerre la volonté du VDK de recréer l’atmosphère des cités des morts d’outre-Rhin. Des cérémonies commémoratives s’y déroulent à dates irrégulières. Ce site est intégré au Circuit du Souvenir. S’appuyant sur la forte dimension symbolique et internationale de ce secteur mémoriel, la « Rose Somme 2016 » a été baptisée le 25 juin dans ce site funéraire afin de rendre hommage à tous les morts.

Cet ensemble funéraire témoigne qu’au-delà de la mort, l’homme quelle que soient ses origines, souhaite  rendre hommage, selon sa culture à ceux qui ont tout donné. Là réside l’exceptionnalité de ce secteur mémoriel.